[Infographie] Magazine interne : faut-il passer au numérique ?

Quel est le portrait type du magazine interne en 2016 ? Afin de répondre à cette question, 63 entreprises ont accepté de partager leur magazine ou d’expliquer le cas échéant pourquoi ce canal n’existait pas (ou plus). Curieux d’en savoir plus ? Voici l’infographie résumant les principes clés ainsi que quelques explications supplémentaires sur les points essentiels à retenir.

 

2016-11-04-16_27_31-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor

2016-11-04-17_07_51-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor
2016-11-04-16_29_09-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor


2016-11-04-16_29_28-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor 2016-11-04-16_29_40-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor2016-11-14-09_38_43-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor
2016-11-04-16_30_03-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor 2016-11-04-16_30_13-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor 2016-11-04-16_30_23-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor 2016-11-04-16_30_34-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor 2016-11-04-16_30_46-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor 2016-11-04-16_30_59-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor 2016-11-04-16_31_11-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor 2016-11-04-16_31_20-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor
2016-11-20-15_15_21-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor2016-11-20-15_15_36-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor

Cliquez ici pour télécharger l’infographie. 

 

Envie d’en savoir plus ?

Merci encore à ceux qui ont partagé leur magazine interne ! Toutes les organisations qui ont envoyé un exemplaire de leurs publications recevront un accès exclusif à tous les magazines collectés. Pour des raisons de confidentialité, il a été convenu de ne pas rendre disponible cette archive sur le site web.

2016-11-04-17_03_10-entreprises-qui-ont-un-magazine-google-drive

Objectifs, approche et contexte

 

Lorsque l’on regarde dans Google la popularité des termes « magazines interne » et « personeelsblad », voici ce que l’on peut observer.

2016-11-03-16_46_17-magazines-internes-belgique-2016-google-slides

On constate que le terme est de moins en moins recherché dans le moteur de recherche ces dernières années. Mais si la notoriété du terme « magazine interne » baisse, faut-il en conclure que pour autant il en est moins populaire ?

Si nous effectuons le même type de recherche avec le mot clé « intranet », nous constatons que ce terme est à l’inverse de plus en plus recherché.2016-11-03-16_50_09-magazines-internes-belgique-2016-google-slides

Comment le magazine papier peut-il continuer à avoir une place dans un environnement où les jeunes ont de plus en plus tendance à préférer consommer de l’information online et si possible sous forme visuelle ou audio ?

2016-11-03-16_52_38-magazines-internes-belgique-2016-google-slides

Quelle stratégie cross-média mettre en place alors que le magazine interne doit cohabiter avec d’autres canaux de plus en plus nombreux ? Quel lien prévoir avec l’intranet, la newsletter, l’affichage papier ou écran, les réseaux sociaux d’entreprise, les événements ou encore le mobile ? Comment éviter le phénomène d’infobésité où les collaborateurs se plaignent d’être submergés d’information ? Au final, faut-il abandonner le magazine papier tel qu’on le connaît pour se diriger vers un journal en ligne (flipbook, magsite,…) ?

 

Pourquoi ce screening et comment a-t-il été mené ?

Pourquoi avoir décidé de réaliser un screening des magazines internes en Belgique ? Tout simplement car nous sommes en train de revoir le concept de notre magazine dans l’entreprise pour laquelle de travaille. J’étais intéressée de découvrir les grandes tendances actuelles et plutôt que de garder les conclusions pour moi, il me semblait intéressant de les partager.

Un appel a participation a donc été lancé sur le blog. Il a été relayé par l’ABCI, la BVIC, le groupe belge de l’intranet ainsi que des collègues et confrères. Merci à eux !

Une fois la collecte réalisée, l’analyse quantitative a démarré. Lorsque certains cas atypiques se présentaient, des questions supplémentaires ont été posées aux participants. A ce stade, il n’était pas prévu de mettre en oeuvre une analyse qualitative mais cela pourrait faire partie des prochaines étapes.

Afin d’avoir un oeil extérieur sur le travail réalisé, j’ai pu compter sur un review committee composé de :

2016-11-04-17_36_31-magazines-internes-belgique-2016-google-slides

Je les remercie encore du temps qu’ils ont investi et de leurs commentaires !

 

Qui sont les entreprises qui ont répondu à l’appel ?

Les voici !

Entreprises qui ont un magazine interne

Public / non marchand : 

Banque nationale de Belgique
CHC
Confort Mosan
Fédération Wallonie Bruxelles
Gent
Infrabel
ISOSL
Loterie Nationale
Mensura
Mutualités Libres
ONEM
OZ
Police
RTBF
Société wallonne des eaux
SPF Justice
STIB/MIVB
TEC
Tuc Rail
UCL
ULB
Ville de Bruxelles
Vivaqua
Privé : 

Akzo nobel
Altran
Besix
Blablacar
Bpost
Brussels Airlines
BRZ
Carrefour
Celio
CMI Group
Colruyt
Crelan
Delhaize
DEME
Elia
ERDF
Fortis
Genopole
IKEA
Informazout
ORES
Philips
Roularta
Sibelga

 

Entreprise qui n’ont pas/plus de magazine interne

Public / non marchand :

CityDev (société de développement pour la région de Bruxelles Capitale)
Omnimut
Partena Partners
RJV – ONVA (office national des vacances annuelles)
Privé :

Coca Cola
E-doceo
EASI
Ethias
GSK
ING
KBC Brussels
La Libre
Lampiris
Nike
Partena (secrétariat social)
Proximus/Belgacom
Siemens

Quelles sont les tendances clés à retenir ?

72% des entreprises interrogées ont un magazine interne (Attention : cela ne signifie pas que 72% des entreprises ont un magazine interne ! En réalité, on s’approcherait plus de 40% sur le marché global.) 

28% des répondants n’ont pas ou plus de magazine interne

29% des entreprises qui n’ont pas de magazine interne ont décidé récemment de ne plus en produire un

91% des entreprises qui ont un magazine papier proposent une version pdf

13% des entreprises qui ont un magazine interne ont un magazine web first

 

Qu’en disent ceux qui ont décidé de ne plus produire de magazine papier ?

 

“En tant qu’opérateur, Proximus s’engage pleinement dans la voie de la digitalisation tant vers l’externe que vers l’interne. Par conséquent un magazine papier ne s’inscrit plus vraiment dans cette stratégie.  La communication interne évolue vers des nouveaux canaux tels que les media sociaux, les newsfeeds et les plateformes digitales qui nous permettent de communiquer plus rapidement et plus efficacement. Dans un monde ultra connecté où tout évolue à un rythme effréné, un magazine trimestriel ou semestriel est trop vite dépassé.”
2016-11-04-17_37_37-magazines-internes-belgique-2016-google-slides
Philippe Fieux, Sr Corporate Communication Manager, Proximus

 

“Nous avons déjà d’autres actions qui visent à améliorer la communication et la transparence comme par exemple le weekly prime time du CEO qui répond à toutes les questions devant la caméra et avec Yammer. Le magazine constitue une charge de travail non négligeable et nous n’avons pas une personne temps plein dédiée à la communication interne.  De plus le pilote de magazine interne réalisé il y a quelques temps n’a pas montré de plus-value claire par rapport à l’investissement ”
2016-11-04-17_37_45-magazines-internes-belgique-2016-google-slides
Jeremy Corman, Marketing Manager, Lampiris

 

“ING a produit un magazine interne pendant les 30 dernières années. Cependant, il y a 4 ans, nous avons dû nous demander s’il fallait continuer ou pas d’en réaliser un. Afin d’être en ligne avec la stratégie et la tendance de la digitalisation, nous avons donc décidé de proposer en parallèle de notre magazine papier, un magazine en ligne avec des contenus plus visuels, des vidéos, des carrousels d’images, etc. Aujourd’hui nous ne produisons plus de magazine papier, notamment pour des raisons de budget. Il faut néanmoins préciser que réaliser du contenu en ligne a aussi un coût. Actuellement, la majorité de nos communications passent par l’intranet, un canal que les avancées technologiques nous permettent de réellement exploiter. Nous utilisons également un réseau social d’entreprise (Buzz) pour soutenir nos communications.”
2016-11-04-17_37_54-magazines-internes-belgique-2016-google-slides
Nathalie Smekens, Project Manager Internal Communication, ING

Pourquoi et pour qui faire un magazine ?

La plupart du temps les organisations étudiées qui ont un magazine interne possèdent généralement ces caractéristiques :

  • société nationale implantée en Belgique (plutôt que multinationale) 
  • entreprises de taille moyenne à grande
  • public cible pas toujours équipé d’ordinateurs ou de GSM
  • métiers plutôt “people” et grande importance accordée au lien entre les collaborateurs

On remarque également que les entreprises qui ont récemment décidé d’arrêter leur magazine sont plutôt des entreprises privées.

Pourquoi les employés lisent-ils un magazine interne ? Pour répondre à cette question, nous pouvons nous reporter à cette classification de Philippe Pigallet :

2016-11-04-09_15_06-magazines-internes-belgique-2016-google-slides

L’une de ces motivations est fondamentale : il s’agit du besoin de reconnaissance. Une reconnaissance pour qui ?

  • Le rédacteur
    • On écrit pour être reconnu (importance de l’article qui le le plus souvent signé, magazine que l’on amène à la maison pour montrer à sa famille que l’on a écrit un article,…)
  • La personne mise à l’honneur dans un article
    • Obtenir un article sur son travail est aussi une forme de reconnaissance (les photos des nouveaux nés sont parfois publiées dans le magazine interne et il arrive de retrouver ces pages dans les albums de famille !)
  • Les employés
    • Effort pour montrer de la reconnaissance et mettre le collaborateur au centre notamment dans le secteur public.
  • L’entreprise
    • L’entreprise peut parfois également chercher une forme de reconnaissance en externe, vis à vis des pairs, des stakeholders, etc. Le magazine interne peut alors être un des outils au service de la marque employeur (employeur branding).

Cela semble encore plus vrai dans le cas des magazines papier.

Faut-il faire un magazine interne ?

Il n’y a pas de réponse définitive à cette question. Tout va dépendre du contexte de chaque organisation. Voici quelques éléments de réponse sur base des témoignages de mes confrères.

7 raisons pour faire un magazine

2016-11-04-09_33_21-round-rating-buttons-jpg-610x458

  • Le magazine interne est un élément de la stratégie d’entreprise. Il s’apparente au ciment de la communauté des travailleurs.
  • Il propose un équilibre entre le renforcement des valeurs et de la stratégie et le bien-être des travailleurs.
  • Le magazine permet de sensibiliser sur des sujets de fond.
  • Il favorise le partage de connaissance, le rappel de l’histoire de l’entreprise.
  • Le ton du magazine est plus officiel et chaleureux par rapport à d’autres canaux.
  • Quand une entreprise peut difficilement augmenter le salaire des employés, elle a tout intérêt à miser sur la reconnaissance et la fierté : le magazine interne en est un support privilégié.
  • Certains employés (et pas uniquement les baby boomers !) accordent plus d’importance et de valeur au papier.

7 raisons pour ne pas faire de magazine

2016-11-04-09_33_35-round-rating-buttons-jpg-610x458

  • Lorsque la structure est trop petite ou trop grande : les entreprises doutent de l’intérêt des lecteurs pour un magazine interne. 
  • Les objectifs de la communication sont parfois déjà couverts par les autres canaux. Par exemple, une newsletter peut être plus pertinente pour l’objectif et le public cible.
  • Le magazine interne est associé à toute une série de coûts (coordination, conception, diffusion, gestion du stock,…). Le retour sur investissement n’est pas toujours évident à démontrer.
  • Il peut y avoir un manque de ressources en internes.
  • Il existe parfois d’autres priorités projet.
  • Les entreprises utilisent parfois déjà d’autres canaux plus modernes, rapides, faciles,…
  • Un magazine interne, c’est une pression supplémentaire sur les deadlines.

A quoi ressemblent les coulisses ?

On constate pour les entreprises qui ont décidé de continuer à produire un magazine interne une réelle professionnalisation du métier. Dans la plupart des cas :

  • le magazine interne s’inscrit dans une stratégie de communication interne globale
  • il existe une spécialisation des tâches qui renforce la professionnalisation du média
  • un comité de rédaction est mis en place
  • on constate qu’il y a de l’outsourcing pour certaines activités :
    • rédaction (rarement)
    • conception (la moitié de l’échantillon fait appel à une agence ou un graphiste externe)
    • impression (très souvent)
  • certaines entreprises s’affilient à des associations de communication interne telles que l’ABCI ou la BVIC 
2016-11-04-10_33_05-magazines-internes-belgique-2016-google-slides
Double exposure

La forme est  souvent aussi soignée que le fond :

  • de nombreuses entreprises parlent de leur volonté de produire un magazine “plus beau, plus épuré, plus moderne”
  • le magazine laisse de plus en plus la place aux images : les pages sont plus aérées, avec moins de texte
  • le magazine interne fait la part belle aux chiffres clé et aux infographies
  • on constate une influence des visuels “web”’ : « double exposure », photos des collaborateurs dans des cercles, pictos “géolocalisation”, etc
  • le métier d’infographiste évolue vers celui de graphiste
  • le format de magazine tend à être plus petit, phénomène également constaté dans la presse féminine il y a quelques années

Au niveau du contenu, il existe généralement un bon équilibre entre les sujets liés à l’organisation et aux employés.

  • Organisation :
    • projets
    • valeurs et comportements
    • gouvernance
    • objectifs et stratégie
    • résultats obtenus
    • produits et services
    • bonnes pratiques
    • indicateurs économiques
    • fonctionnement de l’organisation
    • marché
    • réalisation pour les clients
    • fournisseurs
    • changements
    • métiers
    • présentation des services
  • Employés :
    • collaborateurs
    • politique RH
    • formation
    • corporate social responsability
    • environnement
    • déplacements et mobilité
    • sécurité / bien être / prévention des risques psycho sociaux et des accidents
    • activités sociales / charité
    • informations utiles et pratiques
    • passions privées des collègues
    • délégués du personnel
    • agenda
    • nouveaux arrivés / départs / retraites / mariages / décès
    • respect

Un des objectifs du magazine est de donner une voix à tous :

  • La majorité des magazines étudiés ont un édito signé par un membre de la direction (8 fois sur 10). 
  • Tous les magazines donnent la parole à des collaborateurs de différents niveaux dans l’entreprise, respectant le principe de communication « top down & bottom up ». 
  • Les employés ont souvent la possibilité de suggérer des idées d’articles (e-mail, réseau social d’entreprise, “single point of contact”…)
  • La majorité ont un bon équilibre entre les hommes et les femmes interviewées mais dans certains secteurs il n’y a presque que des hommes (alors que les comités de rédaction sont principalement féminins !).
  • La diversité est souvent présentée : LGTB, cultes, etc.

Le style de rédaction est également particulier :

  • Un style journalistique est le plus souvent utilisé.
  • Les articles sont le plus souvent signés.
  • Pour les environnements concernés par le bilinguisme, la majorité des entreprises font le choix d’une version francophone et d’une version néerlandophone. 
  • On n’écrit pas pour le papier comme on écrit pour le web, d’où la difficulté de retranscrire un magazine tel quel du papier au web

En parcourant les différents magazines internes on constate également de nombreuses similitudes. Se dirige-t-on vers une rhétorique du magazine d’entreprise comme le suggère Christine Donjean ? En effet, ces thématiques et visuels reviennent à de nombreuses reprises :

  • jeux concours
  • question qui dérange
  • interview de 3 personnes qui ont un point commun
  • 24H dans la vie de…
  • vis ma vie
  • “stock photos”
  • sujets d’article (burn out,…)
  • etc

Plusieurs raisons peuvent être invoquées :

  • Il n’est pas toujours facile d’être créatif.
  • Il peut exister un effet de mode.
  • Les confrères peuvent être une source d’inspiration
  • Il peut y avoir une influence des magazines qui gagnent des prix (prix de l’ABCI/BVIC)
  • Les consultants peuvent influencer les entreprises en leur prodiguant les mêmes conseils.

Quelle diffusion pour le magazine interne ?

Le nombre moyen de pages des magazines internes étudié est de 24. Les plus courts fonts 6 pages et les plus longs font 52 pages. Quand un magazine a un plus gros volume, il tend à paraître moins souvent. La périodicité est adaptée au besoin de l’entreprise : plusieurs entreprises ont décidé de publier moins souvent mais d’offrir un magazine de meilleure qualité. Courir après le temps n’a de toute évidence pas de sens dans un environnement où les informations urgentes peuvent et doivent passer par d’autres canaux tels que l’intranet.

Le public cible du magazine interne est en réalité souvent plus large que les simples employés :

  • Une minorité des entreprises propose du contenu sensible et confidentiel à destination uniquement des employés (2 cas seulement dans toutes les entreprises étudiées)
  • Certaines organisation partagent leur magazine en ligne (site web, plateforme dédiée) ou sur les réseaux sociaux. C’est un phénomène plus rare mais qui semble se développer de plus en plus. 
  • Plusieurs des organisations étudiés ont d’autres publics cibles secondaires :
    • les patients attendant dans la salle d’attente
    • les partenaires externes
    • les anciens employés pensionnés
    • les conjoints et la famille (certains magazines proposent même du contenu destiné aux enfants)
    • les futurs employés potentiels

Quelle stratégie cross-média ?

La plupart des sociétés utilisent le magazine pour faire le lien avec les autres canaux de communication :

  • intranet (QR codes, navigation à suivre,…)
    • photos
    • vidéos (certains magazines en présentent les coulisses)
    • procédures
    • complément d’information
  • drive interne
  • digital signage (ou affichage papier classique) 
  • app à télécharger (ex : “testez votre orientation client”)
  • e-mail (réaction, jeux concours,…)
  • réseaux sociaux tels que Yammer, Twitter, LinkedIn, Instagram (best-of, rappel des comptes, appel au like, appel à réaction,…)
  • sites externes (site de l’entreprise, deezer,…)
  • certains magazines en ligne proposent l’intégration directe de vidéo, podcats, etc

Papier et/ou web ?

Avant de décider de produire un magazine interne papier ou web, il convient d’identifier quel est le profil des lecteurs et ouverture de l’entreprise par rapport aux questions du numérique.

2016-11-04-15_35_21-editing-new-piktochart-_-piktochart-infographic-editor

Une étude qualitative réalisée à Jussieu en 1992 et pourtant tout à fait d’actualité établissait une grille indicative des utilisateurs de revues en ligne. Cette étude fait apparaître quatre profils type : le surfeur, le rameur, le conservateur et le rat de bibliothèque. Le surfeur a un environnement favorable à l’usage des magazines en ligne : il a un bon équipement informatique, peu de bibliothèques de proximité, a un bon statut social et aime Internet. Le rameur est lui aussi à l’aise avec l’informatique mais son statut est moins élevé, son matériel informatique est moins bon et il a des bibliothèques proches dans son environnement : son environnement favorise moins l’accès aux revues en ligne. Le conservateur a un bon équipement informatique, un bon statut, peu de ressources proches mais il est très attaché au papier : peu expérimenté, il pense qu’un apprentissage de l’outil informatique serait une perte de temps et il préfère conserver l’objet papier. Le rat de bibliothèque habite près d’une bibliothèque et a un matériel informatique insuffisant : tout concourt pour qu’il préfère se tourner vers le papier. Ces catégories ne sont bien sûr pas cloisonnées. Elles permettent simplement d’avoir une vision générale des types de lecteurs de revues en ligne.

Il existe toute une série de freins culturels et techniques à l’adoption des magazines en ligne. Mais l’Histoire nous rappelle que ce n’est pas la première fois que cela se produit !

6a00d8341c622e53ef017d3de2a646970c

  • Précédemment, les avancées technologiques ont déjà provoqué des remous, notamment lors du passage du volumen (que l’on déroule) au codex (où l’on tourne les pages) qui changeait l’approche de la lecture. Avec le web, la lecture se redéfinit également : hyperliens, pdfs à dérouler comme un volumen, etc
  • L’arrivée de nouveaux outils de communication ne provoque pas non plus, contrairement à certaines idées hâtives, la disparition des anciens médias, mais des réaménagements de l’emploi des objets existants : l’ordinateur ne remplace pas définitivement la télévision, le courrier électronique ne relègue pas le téléphone au rang de simple ornement.
  • L’essor considérable de la presse au XIXe siècle n’aurait pas été possible sans l’évolution des techniques : les progrès de l’imprimerie et ceux des moyens de communication ont permis de transformer les mentalités et de créer de nouvelles façons d’écrire. L’État y a rapidement vu quelque chose de dangereux, réprouvant l’esprit d’indépendance, les méthodes utilisées, redoutant la puissante croissance de ce que l’on pourrait appeler un « instrument de sédition ».
  • La lecture linéaire sur le papier n’est pas la même expérience que la lecture séquentielle sur le web. Grâce à sa légèreté et sa bi­dimensionnalité, le papier est en fait un espace délimité avec un début et une fin. Il est fixe, autonome, généralement, à l’inverse du support numérique. Mais parallèlement à la linéarité et à la séquentialité relative du parcours imposé par le support, les dispositifs de lecture et de repérage des informations mis au point au fil des siècles procurent, par le jeu des index et des tables des matières, une accessibilité tabulaire. Les nouveaux dispositifs de stockage, d’accès, de présentation et même d’analyse, confèrent aux documents numériques une souplesse accrue, ce qui influe sur la réception du lecteur. Un lecteur parcourt une revue selon différents niveaux de lecture. Christian Vandendorpe (professeur) explique que « l’expérience de la lecture et de l’appréhension du texte ne sont pas du même ordre selon qu’elles s’effectuent à partir d’un livre, d’un écran d’ordinateur ou d’un livre électronique ». Dans le cas d’une revue en ligne avec hypertexte, le butinage est souvent préféré à la lecture approfondie.

L’émergence du magazine web

  • En chiffres :
    • 9/10 des entreprises interrogées ont un magazine papier décliné en pdf
    • 1/10 ont un magazine web (mais jusque quand un magazine online est-il un magazine ?)
    • certains de ceux qui ont un magazine web ont un magazine web first qui est ensuite décliné en papier (les outils utilisés pour publier un magazine en ligne sont par exemple calameo, madmagz, issuu,..)
  • Un magazine en ligne n’est pas un simple pdf :
    • Le pdf est une image figée, un isolat, une transcription mécanique et inerte
    • Le pdf ne permet pas l’interaction, la discussion
    • Le pdf ne favorise pas la lecture sur écran (conception / format)

“Internet permet à des individus de retirer les informations jugées par eux pertinentes, là où un périodique sous format papier permet à une équipe de communicateurs de  souder les liens entre une communauté grâce à un partage d’informations  consciemment rassemblées et hiérarchisées au sein d’un même support de communication, auquel chacun bénéficie d’un accès comparable.” (Lambotte/Vanholsbeeck 2009)

Alors faut-il proposer à ses lecteurs un magazine interne web ?

7 raisons pour faire un magazine web

2016-11-04-09_33_21-round-rating-buttons-jpg-610x458

  • Il existe un vaste public cible.
  • La rapidité est un besoin essentiel. Une maquette pré-établie peut faire gagner du temps dans la conception (graphisme, coordination,…)
  • Il y a un accroissement de l’utilisation du numérique dans l’environnement conserné ainsi qu’une volonté de rendre accessible le magazine sur le web voire le mobile. 
  • Les coûts de production d’un magazine papier veulent être évités. Attention cependant : un magazine en ligne n’est pas gratuit !
  • L’intégration avec les autres canaux est facilitée.
  • On recherche des fonctionnalités supplémentaires : vidéo, podcast, interactions possibles, statistiques de consultation,…
  • L’entreprise veut lutter contre la force d’inertie. Les collaborateurs connaissent le papier et cela a un côté rassurant. La communication interne ou la direction peut avoir un rôle de prescripteur en proposant un format web. 

 

7 raisons pour ne pas faire un magazine

2016-11-04-09_33_35-round-rating-buttons-jpg-610x458

  • Il doit y avoir une intégration logique avec les autres canaux.
  • Parfois, la taille de l’entreprise ne justifie pas ce type de projet.
  • Attention à la sensibilité du public cible actuel et futur. A noter qu’en 2025, 75% des employés feront partie de la génération Millenial.
  • L’équipement informatique doit être correct (laptop, réseau, son, accès aux plateformes de partage de vidéo,…)
  • Il vaut mieux continuer à proposer une déclinaison papier et expliquer que c’est un pas en avant pour éviter l’effet “encore quelque chose qu’on nous enlève pour des raisons budgétaires”
  • Le retour sur investissement doit pouvoir être démontré, qu’il s’agisse d’éléments financiers ou humains.
  • Il doit y avoir de préférence des ressources formées en internes pour assurer la coordination et la maintenance.

 

2016-11-04-15_50_54-magazines-internes-belgique-2016-google-slides

En conclusion, le magazine interne en ligne est donc intéressant dans le sens où il se rapproche du schéma de fonctionnement de la pensée humaine. Grâce au lien hypertexte, l’employé est libre de choisir de se concentrer sur tel ou tel aspect d’un texte, tout comme dans son imaginaire, il réfléchirait à une chose donnée plutôt qu’à une autre. Le format papier ne permet pas de consulter aussi facilement ce qui nous intéresse. Roger Chartier parle de « nouvelle matérialité du texte » L’usager est confronté à une nouvelle manière d’évoluer dans un texte, butinant, suivant les pointeurs, se redirigeant sans cesse vers ce qui l’intéresse, le préoccupe – que ce soit des notes de bas de page ou des sources. Chercher une occurrence précise devient également bien plus aisé que dans un texte papier, grâce à l’outil « rechercher dans la page ».
Avec le lien hypertexte, il est aisé de recenser quelles sont les contenus qui s’influencent. Un corpus se forme donc quasi naturellement grâce à la possibilité de naviguer facilement de texte en texte. Le web introduit en effet une dimension essentielle dans les rapports entre document et utilisateur : l’interactivité. Le texte prend une forme différente selon les choix de l’utilisateur et dialogue avec ce dernier. En effet, le web et son caractère interactif ont un grand impact sur la façon de lire et de comprendre. L’hypertexte a pour effet de délinéariser la lecture. L’oeuvre n’est plus constituée de pages mais d’écrans scénarisés. Il permet ainsi à l’utilisateur de constituer soi -même son parcours dans l’œuvre. Avec l’hypertexte, la séquence écrite est structurée, déstructurée, restructurée. Mais dans un environnement où les consommateurs que nous sommes veulent à la fois du digital et à la fois du physique, la réponse consiste peut-être à proposer un contenu accessible sous différents formats, en fonction des préférences de chacun. 

2016-11-04-15_55_39-magazines-internes-belgique-2016-google-slides

Cela nous amène aux conclusions suivantes :

  • Il n’y a pas de one size fits all. Il faut étudier le public cible, prototyper et évaluer.
  • Dans le cas d’un passage au magazine numérique, mieux vaut garder à côté une déclinaison papier pour les publics qui y accordent de l’importance.
  • Le magazine doit soutenir un axe de la stratégie de communication (informer, sensibiliser, engager, créer du lien,…) et l’intégration avec les autres canaux doit être claire et non redondante.
  • La technologie avance plus vite que la culture. Le magazine interne n’est plus suffisant seul : il faut envisager les autres canaux de communication et prévoir la transition étape par étape (ex : avoir un magazine web et sa déclinaison papier).
  • Il faut favoriser la mise en place de structures de concertation limitant la rétention d’information et le cloisonnement.

Alors à quoi ressembleront dans les prochaines années nos journaux internes, la presse ou encore les livres que nous lisons ? «La révolution numérique est avant tout imprévisible, rappelle Françoise Benhamou, auteure de Le Livre à l’heure du numérique (Seuil, 2014). On ne sait pas ce que sera le livre de demain. Comme on ne sait pas non plus ce que sera la presse de demain.» Impossible donc de donner une réponse franche et définitive à cette question. «Les deux supports sont complémentaires, ni l’un ni l’autre ne va disparaître», parie le professeur François Vallotton.

Ce screening nous permet donc d’avoir un premier aperçu des points d’attention liés à un magazine interne. Pour aller plus loin, il serait intéressant d’approfondir les questions suivantes :

  1. Comment les entreprises justifient-elles auprès de leur direction le ROI d’un magazine interne ?
  2. Quels processus sont mis en place dans les organisations pour récolter les idées et concevoir les articles ?
  3. Comment le magazine s’intègre-t-il avec les autres canaux ?
  4. Comment les organisations évaluent-elles leur magazine interne ?
  5. Comment les styles d’écriture et leur mise en forme évoluent-ils ?

A vous la parole !

Laquelle de ces questions est la plus pertinente d’après-vous ? Répondez en cliquant ici !

Bibliographie

BAILLY Sébastien, Bien écrire pour le web (textes, images publicités), OEM­ Eyrolles, Paris, 2003, 162 pages
BAILLY Sébastien, S’éditer, OEM ­Eyrolles, Paris, 2003, 258 pages
BARRIER Guy, Internet, clefs pour la lisibilité, se former aux nouvelles exigences de l’hypermédia, ESF éditeur, Issy­ les ­Moulineaux, 2000,  146 pages
LAMBOTTE François & Vanholsbeeck Marc, Contenu, rédaction, et mise en forme de publications internes, 2009
LARRIEU Jacques, Droit de l’Internet, Ellipes, Paris, 2005, 162 pages
LEGENDRE (Bertrand), Les métiers de l’Edition, Editions du cercle de la librairie, Paris, 2002, 482 pages
MOLLIER Jean­-Yves et collectif, Où va le livre ?, La dispute, Courtry, 2000, 292 pages
Negroponte Nicholas, l’Homme numérique, Robert Laffont, Paris, 1995, 290 pages
PIGALLET Philippe, Méthodes et stratégies de lecture, ESF Éditeur, Paris, 1998, 232 pages
ROBIN Christian, Le livre et l’édition, Nathan, Paris, 2004, 162 pages
RIEFFLER Rémy, Sociologie des médias, Ellipses, Paris, 2001, 178 pages
SOULLAGES Jean­-Claude, Les mises en scène visuelles de l’information, Nathan, Paris, 1999, 226 pages
SPF Personnel et Organisation, Check list journal et magazine interne, Bruxelles, 2014.

TOUCHARD Jean­-Baptiste, Multimédia interactif édition et production, Microsoft press, Saclay, 1994, 206 pages
VETTRAINO­SOULARD Marie­-Claude, Les enjeux culturels d’Internet, Hachette éducation, Paris, 1998, 159 pages
WOLGENSINGER Jacques, L’Histoire à la Une, La grande aventure de la Presse, Gallimard, 90 / 98 Evreux, 1989, 194 pages
WOLTON Dominique, Internet. petit manuel de survie, Flammarion, Paris, 2000, 186 pages