Addiction : « doit-on poser son portable à droite ou à gauche de l’assiette ? »

« Alcool, drogues, médicaments, boissons énergisantes, sexe, nouvelles technologies, voire même le travail lui-même: les sources d’addiction sont nombreuses. Dans un monde parfait, les problèmes que nous allons évoquer n’arrivent jamais. Mais nous ne vivons pas dans un monde parfait. Nous vivons dans un monde fait d’humains. Et l’humain n’est pas parfait. Il est faillible. Y compris sur le lieu de travail… » HR Square a organisé le 8 novembre dernier un séminaire traitant des addictions dans les locaux des Mutualités Libres. L’occasion d’apprendre de nouvelles choses et aussi de présenter les actions de prévention que nous mettons en place dans notre organisation.

Voici quelques éléments qui m’ont interpellés lors des différents exposés :

  • La drogue augmente la libération de la dopamine et induit une sensation de satisfaction .
  • La drogue pirate le système de pilotage des motivations en simulant une expérience gratifiante qui n’est pas liée au contexte et à l’environnement. En effet, en observant les effets neurochimiques des drogues, on constate que l’aire tegmentale ventrale qui fait partie du système de récompense est impliquée.
  • Toutes les drogues n’induisent pas le même niveau de dépendance physique ou psychique :

Par ailleurs, la dépendance à certaines drogues comme la cocaïne s’installe plus rapidement. A l’inverse la dépendance à l’alcool est plus longue et insidieuse.

  • Pourquoi consomme-t-on des drogues ? Névrose ? Psychose ? C’est à cause ?
    Les quatre fonctions professionnelles des produits psychoactifs sont :

    • L’anesthésie
    • La stimulation
    • La détente
    • L’intégration sociale
  • Le breakdown peut-être une des conséquences de la dépendance au travail : typiquement, quelqu’un qui va tomber malade au début de ses vacances, lors d’une période de relâchement.
  • On peut être accro à une substance mais aussi à un comportement (consulter son téléphone, le sexe, etc).

Dans l’organisation pour laquelle je travaille, nous avons mis en places plusieurs éléments pour prévenir les risques. Voici quelques éléments qui ont été présentés :

  • Nous avons mis en place une politique de gestion des dysfonctionnements liés à l’usage de l’alcool et autres drogues afin d’adresser le risque de consommations occasionnelles et chroniques sous l’angle de la responsabilisation (prévention) et de l’aide (gestion).
  • La politique est composée de différents éléments :
    • Réglementation
    • Structure d’aide
    • Rôles et procédure d’intervention
    • Formation / sensibilisation
    • Mesures de prévention
  • La politique a été élaborée dans une dynamique de co-création avec un groupe de collègues incluant différents profils : RH, conseiller en prévention, représentant du personnel, personne de confiance, communication interne, etc.
  • En ce qui concerne la gestion, un manager n’est pas médecin et ne peut donc pas établir de diagnostic. Ses observations doivent donc être liées à un problème lié aux prestations professionnelles, à l’attitude au travail ou à la sécurité.
  • En ce qui concerne la prévention, plusieurs bonnes pratiques peuvent être facilement appliquées lors de l’organisation d’événements :
    • Organisation du covoiturage
    • Proposition d’un assortiment de boissons mixtes avec des boissons soft de qualité et toujours quelque chose à manger à côté
    • Mise à disposition d’alcootests
  • Les événements organisés par l’entreprise sont une opportunité pour être créatif et l’alcool n’est pas indispensable pour passer un moment convivial ensemble. Parmi les alternatives au traditionnel « pot », on peut citer :
    • Petit déjeuner avec couques et chocolat chaud
    • Family day
    • Tournée minérale
    • Passion break (marche dans la nature, avant-première au cinéma, cours de cuisine, etc).
    • Yoga (fit&fun)
  • Les formations des personnes clés (notamment les managers, les RH, les conseillers en prévention, etc) sont utiles pour que chacun comprenne son rôle, son champ d’action et les risques liés à la consommation d’alcool et autres drogues.
  • Ce type de projet concerne plus de choses que simplement la consommation d’alcool et d’autres drogues. Cela pose d’autres questions liées par exemple au burn out, à la digital detox, aux absences longue durée, à la réintégration, etc.

 

Pour rappel, le programme était le suivant :

  • 09h15 – Accueil des participants
  • 09h45 – Introduction et animation par Christophe Lo Giudice(HR Square)
  • 10h00 – Cadrage de la problématique et enjeux RH —Sandra Billy, Chef du service ‘Aspects psychosociaux’ auprès du Service Commun de Prévention et de Protection au Travail de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), enseignante à l’ULB et à l’Université Saint-Louis, co-auteur du livre La prévention des risques psychosociaux au travail depuis la réforme de 2014 (avec Jean-Philippe Cordier et Paul Brasseur, Wolters Kluwer, 2016)
  • 10h30 – Qu’est-ce qu’une assuétude, quels mécanismes sont à l’œuvre, avec quelles matérialisations?— Étienne Quertemont, docteur en psychopharmacologie et professeur à l’Université de Liège où il enseigne notamment la psychobiologie des toxicomanies
  • 11h00 – Pause
  • 11h15 – Se doper pour travailler?Que dit l’usage des psychotropes sur notre rapport au travail ? — Gladys Lutz, Ergonome-chercheur au Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD) du CNAM, présidente de l’association française Addictra (Addictologie & Travail)
  • 12h00 – Quels leviers (juridiques) pour l’action ?— Jean-Philippe Cordier, avocat-associé auprès du cabinet Younity, maître de conférences à l’ULB et à l’UCL
  • 12h45 – Lunch
  • 13h45 – Panel / cas d’entreprise
  1. MutualitésAlexandra Giroux, Program Manager Change & Internal Communication aux Mutualités Libres
  2. Secteur des soins de santéVéronique Guilmot, directrice des ressources humaines du Groupe Jolimont
  3. Secteur publicYves Corbisier, conseiller et formateur en alcoologie-addictologie, ancien membre de la Cellule Addiction auprès de la Défense où il avait contribué à la mise en place d’un programme de prévention et de prise en charge quotidienne des assuétudes
  4. IndustrieDespina Efentzoglou, Head of Health, Safety & Environment chez Industeel Belgium
  • 14h45 – Travaux en ateliers— Les participants seront répartis en ateliers qui se tiendront en parallèle, dans une dynamique de co-création. L’objectif est d’aboutir à une « toolbox » leur permettant de continuer la réflexion dans leur entreprise et de prendre action.
  1. Atelier 1 – Alcool, drogue, médicaments, boissons énergisantes : quels équilibres trouver entre prise en charge individuelle et gestion collective? — co-animé par Gladys Lutz(CRTD/Addictra) et Marie-Gabrielle Kerger (Le Pélican asbl)
  2. Atelier 2 – Comment gérer les collaborateurs accros au travail et l’hyperconnectivité?Comment mettre en œuvre ce qu’on qualifie abusivement de « droit à la  déconnexion » (articles 15 à 17 de la loi du 26 mars 2018)?
  3. Atelier 3 – Quand le sexe s’invite au bureau: comment gérer les addictions et comportements sexuels déplacés avant qu’ils ne se muent en harcèlement?— animé par Jean-Philippe Cordier (Younity)
  • 16h15 – Partage des enseignements des ateliers et exercice collectif de synthèse
  • 16h45 – Fin du séminaire et drink